ISRAËL A-T-IL UN AVENIR ?

       Sur internet, je suis récemment tombé sur une vidéo diffusée par ‘Europe Israël’ permettant d’entendre un appel adressé aux Juifs de France, le 16 août 2013 par le Rav Haim Sitruk pour les inviter à rejoindre la terre promise. Voici la conclusion et le cœur de son appel.

« Nous vivons une époque extraordinaire, nous sommes à l’aube d’une ère messianique ; on voit se réaliser tous les jours les prophéties contenues dans les prophètes (livres), les annonces faites par nos sages sur ce qu’il va se passer à la fin des temps. Et il faut être dans le coup ». Il invite alors à ne pas se contenter de voir passer le train, mais d’y monter et conclut :
« Venez vite nous rejoindre ; participez, avancez, savourez le bonheur d’être juif en sachant pourquoi et en voyant comment. Le génie c’est être là quand il faut au bon moment. Le bon moment c’est maintenant, là où il faut, c’est la terre d’Israël »

 

En quoi cela nous concerne-t-il ? Les Juifs d’aujourd’hui ont-ils raison d’attendre encore une ère messianique ? Demeure-t-il un avenir national pour ce peuple ? J’ai mentionné Israël, en commençant, en l’appelant ‘la terre promise’. Cela ne plairait sûrement pas à une grande majorité de Palestiniens ni à Michel Collon, l’écrivain belge. Dans son ouvrage, il répète la thèse palestinienne selon laquelle le peuple juif n’existe pas ; que ceux qui rentrent en Israël sont en réalité des personnes de diverses nations converties au judaïsme.

Impossible de nier plus stupidement les faits historiques ! Selon lui, autre thèse palestinienne, il n’y a pas eu de dispersion en 70 ni après et les Palestiniens sont les vrais descendants du peuple de l’Ancien Testament. Ce sont eux qui ont été chassés de chez eux en 1948. Ainsi, sur la construction artificielle d’un peuple palestinien spolié de sa terre, sur la misère réelle dans laquelle vit le dit peuple, mais en oubliant quelle est la cause de cette misère ―  Pouvons-nous ignorer que même toute l’aide internationale, loin de servir à construire des écoles et des hôpitaux, est mise au service de la haine et de la construction de missiles et autres moyens de tuer du juif et du chrétien ? ―, sur un vaste et diabolique mensonge mondial, florit ― fleur empoisonnée ― un nouvel antisémitisme jusque dans les milieux chrétiens. Il va sans dire que cet antisémitisme a sa source en celui qui a toujours voulu détruire le peuple à travers lequel Dieu a prévu de se faire connaître au monde entier.

Si j’en crois les nouvelles positions « théologiquement correctes », la nation juive, pour avoir crucifié son Messie, n’aurait plus aucun accomplissement de promesse à attendre. Non seulement, il n’aurait plus d’avenir national mais, en réalité, le règne messianique ― souvent appelé ‘millénium’ à partir d’Apocalypse 20 ― serait établi depuis la résurrection du Christ et sans relation directe avec le peuple élu qui, dès lors, ne le serait plus ! Ceci n’a rien de nouveau. C’est la position que me rappelait, hier matin encore, deux colporteurs ‘Témoins de Jéhovah’.

Pour adhérer à cette théologie, nouvelle chez les ‘évangéliques français, il faut spiritualiser pratiquement toutes les prophéties non encore réalisées. Le problème est que personne ne nous dit ce qu’elles signifient une fois ‘spiritualisées’. Dans la pratique, cela revient à les gommer simplement de nos bibles. Car il ne suffit pas d’affirmer que tout ce qui a été promis s’est réalisé en Jésus-Christ. Encore faudrait-il nous dire ‘comment’ ! Et les questions que pose cette spiritualisation sont innombrables.

Permettez-moi d’affirmer qu’il n’y a aucune théologie légitime si elle n’a pour désir de se calquer d’aussi près que possible sur les affirmations bibliques, c’est-à-dire les textes hébreux et grecs . Et je vous propose aujourd’hui de réfléchir un moment à quelques-unes des promesses élémentaires mentionnées dans l’Ecriture sainte.

Je commencerai cependant par vous poser deux questions à mes yeux capitales : Pensez-vous que Dieu puisse renoncer à tenir une promesse qu’Il a faite de façon inconditionnelle ? Croyez-vous qu’Il se plaise à exprimer ses promesses de façon si ambiguë que l’on ne puisse être certain de ce qu’elles signifient ?

Si votre réponse est celle du bon sens et se trouve respectueuse de la personne de Dieu, alors, vous ne pourrez adhérer à l’eschatologie à la mode. Voyons les textes.

Genèse 12 rapporte la bénédiction promise par Dieu à Abraham (v. 3) : Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi.  Au chapitre suivant (13), Dieu ajoute à la bénédiction promise, celle du don du pays où se trouvait le patriarche : Regarde vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident ; car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours19 (v.14, 15) Lève-toi, parcours le pays dans sa longueur et dans sa largeur ; car je te le donnerai en  possession perpétuelle (v. 17). Dieu le répète à nouveau au chapitre 17, verset 8 : Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan en possession perpétuelle[1], et je serai leur Dieu.

Ce n’est pas tout. Après qu’Abraham eut accepté de sacrifier son fils Isaac, la triple promesse d’une postérité, d’un pays, et d’une bénédiction au profit de toutes les nations ou familles de la terre, fut répétée solennellement et inconditionnellement : Je le jure par moi-même, parole de l’Eternel ! parce que tu as fait cela, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix (Genèse 22.16-18).

Permettez-moi de faire remarquer que Dieu le jure par lui-même et ajoute parole de l’Eternel.  Nous dirions aujourd’hui qu’Il donne sa parole sa parole d’honneur. Non pas deux fois, mais cinquante et une fois, nous trouverons dans la Bible, l’affirmation que Dieu l’a juré. Et Il l’a juré non seulement à Abraham, mais encore à Isaac et à Jacob. Serait-il possible d’en douter ? Je crois qu’aucune autre vérité, même pas celles que tous regardent comme les plus importantes, n’est répétée autant de fois dans l’Ecriture !
Il faut également remarquer que la dite triple promesse n’a rien de conditionnel. On ne lit pas : « Si ton peuple me reste fidèle et ne rejette pas son messie… », mais, deux fois : parce que tu as fait cela… parce que tu as obéi… !

 

La promesse, oui ou non parle t’elle d’un pays ? N’en précise-t-elle pas les limites ? Nous aurions dû lire aussi au chapitre 15 de ce même livre de la Genèse où Dieu a affirmé, verset 18 : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate, le pays des Kéniens, des Khéniziens, de Kadmoniens, des Héthiens, des Phéréziens, des Réphaïm, des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.

Si l’on veut que nous spiritualisions cette promesse, il faut nous dire ce que représentent l’Euphrate, les Kéniens, Guirgaziens et autres habitants de ce territoire de l’époque d’Abraham, une fois  ‘spiritualisés ! Mais, étrangement, personne ne s’y est essayé !

Or, nous savons tous que, même au temps de Salomon, ces limites géographiques n’ont pas été atteintes. Et si même elles l’avaient été, ce ne fut jamais une possession « perpétuelle ».

Surtout, jamais Abraham n’a possédé le pays dont Dieu avait dit : Je te le donnerai… à toi et à ta postérité…

La promesse, pourtant, en a été jurée ! Peut-on l’oublier ? Puis-je rappeler à nouveau les questions posées avant la lecture des textes ? :

Pensez-vous que Dieu puisse renoncer à tenir une promesse inconditionnelle ? Croyez-vous qu’Il se plaise à les prononcer de façon si ambiguë que l’on ne puisse être certain de ce qu’elles signifient ?

Non, Dieu ne trouve aucun plaisir à nous voir perplexes ou mettant notre confiance dans de fausses assurances. Dieu a promis le pays et la bénédiction à Abraham et à sa postérité. Ni l’un ni l’autre ne l’a possédé dans les limites mentionnées, encore moins pour tout un âge. La promesse est dons en relation avec le futur et implique que ce ne soit pas avant la résurrection d’Abraham lui-même. On rejoint donc forcément au moins les grandes lignes de la perspective millénariste.

Par ailleurs, nous savons bien que si, dans un sens, la bénédiction est bien offerte à tous les peuples de la terre en Jésus, postérité d’Abraham[2], l’offre à elle seule n’en assure pas l’effet. De plus, au-delà du Christ, c’est aussi le peuple d’Israël qui doit devenir source de bénédiction.  C’est à la nation que Dieu a dit : Vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs (des gens qui intercèdent en faveur des autres) et une nation sainte (Exode 19.6). Il est vrai que cette affirmation-là est conditionnelle. Elle commence par si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance… Cela est normal, puisque c’est dans la seule mesure de son obéissance qu’il pourra accomplir sa mission. Mais les textes ne manquent pas qui insistent sur le fait  que son incrédulité persistante fera enfin place à une conversion totale. Le texte le plus connu n’est-il pas celui de Romains 11.12, 15 : Si leur chute a été la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des païens (c’est la bénédiction découlant du Christ, victime volontaire de leur incrédulité), combien plus en sera-t-il ainsi quand ils se convertiront tous ! … Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre les morts ?

 

Ce texte essentiel n’est pas le seul. On pourrait également citer Zacharie 12.10 et suivants : Alors je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils tourneront les regards vers moi, celui qu’ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né,  texte sans nul doute dans la pensée de Jean quand il écrit en Apocalypse 1.7 : Tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui.

 

Dieu attendrait-il qu’ils se convertissent pour accomplir ses promesses ? Non, c’est au contraire quand Il agira en leur faveur qu’ils comprendront et se convertiront : Il l’affirme sans équivoque dans un texte comme Ezéchiel 20., (41 et suivants) :

Je vous recevrai comme un parfum d’une agréable odeur, quand je vous aurai fait sortir du milieu des peuples et rassemblés des pays où vous êtes dispersés ; et je serai sanctifié par vous aux yeux des nations. Et vous saurez que je suis l’Eternel quand je vous ramènerai dans le pays d’Israël, dans le pays que j’avais juré de donner à vos pères. Là vous vous souviendrez de votre conduite et de toutes vos actions par lesquelles vous vous êtes souillés ; vous vous prendrez vous-mêmes en dégoût à cause de toutes les infamies que vous avez commises. Et vous saurez que je suis l’Eternel, quand j’agirai avec vous par égard pour mon nom, et nullement d’après votre conduite mauvaise et vos actions corrompues, ô maison d’Israël ! dit le Seigneur, l’Eternel.

C’est clair, n’est-ce pas. L’accomplissement des promesses ne dépend pas de la conduite de son peuple. Il agira par égard pour son nom. Et c’est sa fidélité qui conduira Israël à reconnaître ses égarements et à se repentir. Dieu le redit encore au chapitre 36 du même livre d’Ezéchiel (verset 22) : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : Ce n’est pas à cause de vous que j’agis de la sorte, maison d’Israël ; c’est à cause de mon  saint nom que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés.

Vous le savez, le prophète, dans le chapitre suivant, rapporte la vision qu’il a eue des ossements desséchés qui se rassemblent et qui reprennent des nerfs, de la chair et de la peau pour revivre enfin. Ce que cela signifie ? Dieu le dit (v. 12) : Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai sortir de vos sépulcres, ô mon peuple, et je vous ramènerai dans le pays d’Israël !

Je pourrais multiplier les citations. Est-ce nécessaire ? Qu’on me permette encore d’ajouter celle de Jérémie 31. 35-37 :

Ainsi parle l’Eternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, qui soulève la mer et fait mugir ses flots, lui dont le nom est l’Eternel des armées : Si ces lois viennent à cesser devant moi, dit l’Eternel,  la race d’Israël aussi cessera pour toujours d’être une nation devant moi.
Ainsi parle l’Eternel, si les cieux en haut peuvent être mesurés, si les fondements de la terre en bas peuvent être sondés, alors je rejetterai toute la race d’Israël, à cause de tout ce qu’ils ont fait, dit l’Eternel.

 

La cause n’est-elle pas entendue ? Prétendre qu’Israël n’a plus d’avenir national n’est-ce pas contredire Dieu lui-même ?

Refusons de sacrifier à la mode théologique. Restons accrochés à ce que dit Dieu sans chercher les détours spéculatifs de la raison humaine.

Le rabbin Haim Sitruk a raison de croire encore à une ère messianique pour son peuple. Il a raison de la croire proche et de voir se réaliser tous les jours les prophéties bibliques. Nous ne sommes pas juifs et Dieu ne nous demande pas de nous rendre en Israël pour y vivre les terribles dénouements de l’histoire. Mais Jésus nous a dit : Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte (Mtt 24.33). Et encore : Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes parce que votre délivrance approche.

Y a-t-il meilleur encouragement ? Mais ? attention, les événements actuels sont aussi un avertissement, une mise en garde. En effet, les dernières paroles citées, et rapportées en Luc 21.28, sont suivies, cinq versets plus loin, de cette exhortation : Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs s’appesantissent par les excès du manger et du boire et par les soucis de la vie, et que ce jour (du Fils de l’homme) vienne sur vous à l’improviste ; car il viendra comme un filet sur la face de toute la terre. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l’homme.


[1] ‘Pour toujours’ et ‘perpétuelle’ traduisent le mot olam qui, dans la prophétie, se rapporte à « l’âge à venir » ou ère messianique. Le mot parle de ‘permanence durant tout l’âge’.

[2] Voir Galates 3.16