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PÈRE AU CŒUR DE MÈRE

 

C’est depuis longtemps que l’on fête les mères. Enfant, on ne pouvait y échapper et on n’en avait pas envie. L’instituteur ou l’institutrice nous faisait préparer un compliment et fabriquer avec des objets de fortune un cadeau pour la maman et trouver des fleurs ici ou là pour lui dire, d’une manière ou d’une autre « merci » ou  « Je t’aime ».  Mais les papas ne pouvaient y compter. On ne les fêtait pas au calendrier.

En France, c’est en 1950 (ou 1952) qu’une fête des pères fut officialisée. Mais tout avait commencé aux Etats-Unis quarante ans plus tôt sous l’initiative de Sonora Smart Dodd, une institutrice qui désirait honorer son père ayant élevé seul ses six enfants après le décès de son épouse. Deux ans plus tard, en 1912 le président Richard Nixon en avait fait un jour férié officiel.

Il paraît pourtant que, dans l’église romaine, fêter les pères remonte au Moyen-âge en relation à Joseph, le père légal de Jésus.

Maintenant, il y a aussi une fête des grands-mères et des grands-pères. Pourquoi pas ?

Il me plaît surtout de relier la fête à ce père de six enfants (et ce n’est pas d’en avoir moi-même eu six) s’occupant d’eux après la mort de la maman.

Un lien très fort peut, parfois même, naître avec un animal. Un de mes ânons perdit sa mère à l’âge d’un mois. Contre toute attente, je parvins à le sauver en lui présentant neuf biberons par jour pendant un mois. Il me suivait où que j’aille ! En me comptant, il y avait alors trois ânes dans le hameau !

Le père ! On oublie aujourd’hui l’importance de son rôle, peut-être parce que beaucoup d’entre eux l’ont eux-mêmes oublié ou refusent de l’assumer.

Une des conséquences en est la fausse image que l’on se fait souvent de Dieu !

 

J’aimerais, aujourd’hui, m’interroger sur ce qu’en dit l’Ecriture Sainte. Dieu y porte bien des noms ou titres dès l’Ancien Testament. Je n’en ferai pas la liste. Mais peut-être doit-on s’étonner de ce qu’Il y ait été si rarement appelé « Père ». Neuf fois seulement, dont trois fois : Notre Père, dans la prière. Les trois fois en Ésaïe. Et le contexte montre clairement qu’il est reconnu là comme le père de la nation juive, et non pour souligner une relation individuelle :
Cependant, ô Éternel, tu es notre père ; nous sommes l’argile, et c’est toi qui nous as formés (­64.7). Il s’agit même quasiment d’un reproche : Le frémissement de tes entrailles et tes compassions ne se font plus sentir envers moi. Tu es cependant notre père […] C’est toi, Éternel, qui es notre père, qui, dès l’éternité, t’appelle notre sauveur (63.16).

Un reproche ? Pas vraiment ! Une interrogation plutôt, dans le genre : « Où en sont tes entrailles frémissantes ? Où en sont tes compassions ? » Ne s’est-il pas présenté depuis toujours comme le Dieu miséricordieux et compatissant ?

Bien sûr. Mais l’incrédulité obstinée de son peuple l’a forcé à se conduire aussi comme celui qui reprend et châtie.

 

J’ai dit que les trois textes cités d’Ésaïe sont  les seuls où on trouve ‘Notre Père’ dans une prière. Sur les six autres texte où on le trouve appelé ‘père’ deux seulement le sont dans le sens positif de lien d’affection, tous deux dans les pasumes : 68.6 où David appelle Dieu le père des orphelins et 89.27, un psaume d’Ethran  qui fait dire prophétiquement à David à l’Éternel « Tu es mon Père ».  C’est peu, très peu. Mais toujours dans l’ancienne alliance, en Matthieu, la prière que Jésus donne comme exemple à ses disciples commence par ‘Notre Père’. Bien qu’encore sous le régime de la loi, les disciples étaient invités à se souvenir d’abord, quand ils prient, de reconnaître Dieu comme le vrai Père d’Israël.
Mais qui, aujourd’hui, peut y trouver son compte, parmi nous qui ne sommes ni juifs ni Israélites ?  D’autant moins que cette prière le dit aux cieux ! C’est si loin, alors que nous n’avons que la terre pour cadre et avons mis tant de temps avant de pouvoir tout juste atteindre la lune !

Heureusement, il y a eu Golgotha, le sacrifice de la nouvelle alliance et, depuis, nous savons Dieu dans notre cœur. et c’est là que nous pouvons, Juifs ou non,  le rencontrer si nous avons cru. Comment  se fait-il que l’on ait continué à ‘dire’ le « Notre Père qui es aux cieux » sans en changer une ligne ? Comment n’est-il pas devenu : « Mon Père qui es ici » ? ou mieux encore : « Papa qui es en moi » ? Car c’est cela qui est nouveau depuis que le Christ a donné sa vie en notre faveur et a été rendu capable de nous révéler le Père (Mtt  11.27). Car lui, nous le fait connaître. Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à  qui le Fils veut le révéler, disait Jésus. Il est venu ici-bas pour cela : La parole a été faite chair et elle a planté sa tente parmi  nous […] Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu en Fils unique, celui qui est jusque dans le sein du Père, Lui nous l’a fait connaître (Jn 1.14, 18).

 

Jésus nous a parlé de Dieu, non comme du Créateur, ni comme du père de l’humanité ou du peuple élu,  mais comme Celui dont nous devenons enfants par la foi pour une vie nouvelle,  entièrement différente ; Il nous l’a fait connaître comme Celui qui nous accueille pour une intimité à nulle autre pareille, à tel point qu’à la fois, il est en nous et nous en lui !

Pour nous, tout a changé. Dieu a ouvert toute grande la porte, l’accès non seulement jusqu’à Lui, mais jusqu’en Lui. D’avance, Jésus l’avait affirmé à la Samaritaine : ce que Dieu veut, c’est une adoration véritablement spirituelle.

Jérémie, en porte-parole de Dieu lui-même, dépeignait déjà ainsi la nouvelle alliance qu’il promettait d’établir avec son peuple (31.33) : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur. Ne sommes-nous pas, avec eux ― sinon avant ― les bénéficiaires de cette nouvelle alliance ? N’est-elle pas la manifestation de la miséricorde et de la compassion : Tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché ?

 

Sur la base du pardon, une relation d’amour réciproque peut germer et grandir en nous si bien que Dieu nous adopte et que, du cœur, peut jaillir, soufflé par l’Esprit, le mot merveilleux plein de tendresse : Abba, papa !
La première fois que ce mot est rapporté, il se trouve dans la bouche de Jésus à Gethsémané (Mc 14.36). Là, c’est le cri le  plus profond de l’âme. On sait la supplique angoissée de Jésus conscient qu’il va devoir se trouver séparé de son Père.
Les deux seuls autres usages sont en Romains 8.15 et Galates 4.6 où Paul l’attribue à l’influence de l’Esprit en nous.

Le titre de Père, est donné à Dieu 140 fois dans les écrits de Jean, le plus souvent dans la bouche de Jésus. Pareillement en Matthieu 43 fois ; et Paul le lui attribue 38 fois !

Serait-ce qu’entre l’Ancien Testament et les évangiles ou les épîtres, Dieu aurait changé ? Certainement pas. C’est au temps de l’ancienne alliance que David écrivait, pour exprimer les sentiments qui étaient les siens dans sa relation avec Dieu : j’ai l’âme calme et tranquille ! Comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère, j’ai l’âme comme un enfant sevré (Ps 131.2). Voyez comment Dieu dit qu’il restaurera son peuple et la ville sainte (És 66.10-13) :
Réjouissez-vous avec Jérusalem, faites d’elle le sujet de votre allégresse, vous tous qui l’aimez. Tressaillez avec elle de joie, vous tous qui menez deuil sur elle ;11afin que vous soyez nourris et rassasiés du lait de ses consolations ; afin que vous savouriez avec bonheur la plénitude de sa gloire. 12Car ainsi parle l’Éternel: Voici, je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un torrent débordé, et vous serez allaités ; vous serez portés sur les bras, et caressés sur les genoux. 13Comme un homme que sa mère console, ainsi je vous consolerai. Vous serez consolés dans Jérusalem. 14Vous le verrez, et votre cœur sera dans la joie…

Vous avez compris, je pense, pourquoi j’ai donné pour titre à ce message: “Père au cœur de mère”.  Dieu ne dit-il pas lui-même “comme une mère console, je vous consolerai”? Nous n’avons pas oublié des textes comme ceux d’Ésaïe (lui encore : 49.15) Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l’oublierait, moi, je ne t’oublierai point. Et 54.10 : Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s’éloignera point de toi et mon alliance de paix ne chancellera pas, dit l’Éternel qui a compassion de toi.

Est-ce le langage d’un Dieu sévère ?

 

Aimant, compatissant, il l’était au temps de David. Il l’était au temps d’Ésaïe et de Jérémie. Il l’est, de bien plus près encore, depuis son incarnation. Après être venu à nous comme Fils unique, après avoir été avec les siens, il  est venu en eux (Jn 14.17) comme consolateur (Jn 15.26), cet Esprit de vérité, l’Esprit d’adoption qui nous fait crier : Papa.

 

Hélas, les humains que nous sommes n’ont pas compris grand-chose à ce qui est intérieur, au point d’y préférer ce qui se voit ou se touche. Nous aimons les prières toute faites, les rites, les sacrements. Je crains bien que cela ressemble un peu trop, au pharisaïsme qui soignait l’extérieur et négligeait l’essentiel.

Le covid a, au moins, eu l’intérêt d’éveiller, chez plusieurs, la découverte de la piété personnelle. Mais combien attendaient avec impatience l’accès au sacrement, comme si Dieu avait besoin d’un fragment de pain (azyme ou non) pour venir habiter en eux ! Et nul ne semble voir la relation qui rattache la vue à l’idolâtrie. Il me semble que c’est bien souvent que Dieu a de quoi nous dire: jusques à quand vous supporterai-je ?

 

Il est temps de revenir à l’essentiel. Et l’essentiel, c’est l’établissement ― je devrais dire plutôt: l’épanouissement ― d’une relation intime nourrie d’échanges, parfois brefs mais fréquents, entre Dieu et nous, les confidences faites à un papa toujours disponible, toujours présent ; les appels lancés du fond du cœur devant toute souffrance ; les ‘merci’ dits et redits devant chaque beauté, chaque acte de bonté ou d’accueil; la conscience d’un papa, certes souvent sévère, mais plein de compréhension et qui préfère les reproches à l’indifférence ; qui lit en nous ce que nous n’osons dire, offre ce que nous n’osons demander, mais refuse ce que nous réclamons quand il veut nous épargner l’erreur.

Toujours là quand presse le danger ou la souffrance, attentif jusques au moindre des soupirs et qui toujours saisit la main qui se tend, le voilà ce Père au cœur de mère.

J’ai mis longtemps avant de l’appeler ‘Papa’, surtout en présence des frères et sœurs. Et si peu l’osent davantage. Mais qu’il est parfois difficile de ne pas le faire !

C’est un guide ; c’est un conseiller, c’est un ami, un soutien, un consolateur, un père, une mère, un confident… et tellement plus ! C’est un  !

Est-ce le vôtre ? Cela ne dépend que de vous !